Je veux d’abord, moi aussi, remercier l’ensemble des acteurs qui sont intervenus dans des conditions difficiles, sur un terrain complexe, parfois dangereux, avec des moyens importants, mais sous tension.
(les pompiers, les agents du DNF, les communes, la Province, la Protection civile, les soldats, les policiers, les agriculteurs, les services de santé, les bénévoles, les partenaires européens et tous les acteurs).
Je veux le dire avec gravité : personne ici ne doit transformer cette commission en tribunal des intervenants. Ceux qui étaient sur le terrain ont fait leur travail. On peut même dire qu’ils ont surperformé avec les effectifs, les moyens et le matériel dont ils disposaient.
À mon avis notre responsabilité, à nous, parlementaires, est d’examiner si les responsables politiques ont fait le leur avant la crise.
L’incendie des Hautes-Fagnes n’est pas une fatalité au sens où personne n’aurait pu voir venir le risque. Le départ exact du feu, son moment précis, sa trajectoire précise : tout cela relève de circonstances opérationnelles qui devront être objectivées. Mais le risque, lui, était connu. Il était documenté. Il était débattu. Il était même au cœur de notre travail parlementaire depuis mars 2025.
Depuis 18 mois et la publication du rapport du CERAC, je n’ai eu de cesse d’interroger le Gouvernement sur la préparation de la Wallonie face aux feux de forêt : cartographie des voies d’accès, coopération entre le DNF et les zones de secours, moyens disponibles, équipements, exercices de simulation, moyens aériens, réserves d’eau, rôle du CORTEX, coordination avec le Fédéral, alerte à la population, culture du risque.
Au fil des réponses, le Gouvernement reconnaissait que le risque augmentait. Mais les outils essentiels restaient en phase pilote, en préparation ou renvoyés à plus tard.
En août 2025, nous avons déposé une proposition de résolution visant à mettre en place une stratégie intégrée de lutte contre les feux de forêt en Wallonie. Ce texte ne prétendait pas tout résoudre. Il visait à organiser ce qui fait aujourd’hui défaut : planification, cartographie opérationnelle, exercices réguliers, équipements adaptés, système d’alerte, coordination interservices, implication locale, aménagement forestier et coopération internationale.
Le 22 octobre 2025, cette résolution a été rejetée et ce, sans aucune expression de la part du Gouvernement. Aucun des signaux d’alarme que j’avais tiré à l’époque n’a été pris au sérieux. Je le regrette.
Ma cheffe de groupe n’a pas rappelé ma prise de parole par plaisir. Il n’y a aucune satisfaction à avoir raison quand 3.300 hectares de nature partent en fumée. Je les rappelle parce qu’ils démontrent une chose : le débat a eu lieu. Les alertes existaient. Les propositions étaient sur la table, elles n’ont pas été suivies.
Et depuis, qu’a fait le Gouvernement du diagnostic de vulnérabilités visant à augmenter la résilience wallonne face aux changements climatiques ? Qu’a fait le Gouvernement du rapport du CERAC de 2025 ? Qu’a-t-il fait des questions parlementaires répétées ? Qu’a-t-il fait des alertes du terrain ?
Au moment où le feu se déclare, plusieurs outils structurants ne sont toujours pas opérationnels. La cartographie des voiries d’accès n’est toujours pas accessible à l’échelle utile. Le système d’alerte public clair n’existe pas. Le DNF est sous pression.
Dois-je rappeler que le cantonnement d’Eupen figure parmi les moins bien dotés de Wallonie ? Dois-je rappeler que, dans une lettre ouverte de février, les chefs de cantonnement alertaient sur les risques engendrés par les sous-effectifs du DNF ? Dois-je rappeler qu’on demande toujours plus au DNF — prévention, cartographie, présence sur le terrain, appui aux secours, connaissance des milieux naturels — alors même que ses moyens humains sont fragilisés ?
Or, pendant toute la durée de l’incendie, ce sont les agents des cantonnements DNF qui ont guidé les pompiers sur le terrain pour les amener au plus près du feu.
Au niveau du matériel, cela reste insuffisant. La dépendance aux moyens étrangers est manifeste. La solidarité européenne doit être saluée, mais elle ne peut pas devenir notre seule doctrine d’intervention. Que les moyens aériens belges sont insuffisants, c’est une évidence.
Mais, je ne suis pas de ceux qui plaident pour l’achat et l’entretien d’une grande compagnie de canadairs. Les Hollandais l’ont compris avec les hélicoptères Chinook. Comme l’a indiqué notre collègue Eric Thiebaut à la Chambre, il faut s’organiser pour mutualiser les moyens aériens entre la Défense et la sécurité civile mais, c’est un débat fédéral. Cela étant, le Gouvernement wallon a 550.000 ha de forêt à protéger, il ne peut pas être absent de ce débat !
Un retour d’expérience complet est indispensable, il a été annoncé par le Minister Quintin. Il faudra entendre les services de secours, les bourgmestres, le gouverneur, le DNF, le CORTEX, la Protection civile, l‘ensemble et les experts.
Mais à ce stade, la question de l’anticipation est posée. Dans un tel territoire, vu les signaux, elle devait être renforcée. La cartographie devait être prête. Les points d’eau devaient être identifiés. Les moyens devaient être prépositionnés selon le niveau de risque. Les communes devaient disposer de consignes uniformes. La population devait recevoir un signal clair. Les touristes et les mouvements de jeunesse devaient savoir quoi faire.
Ce n’est pas “donner des leçons” que de dire cela. C’est juste rappeler que tout cela a été écrit dans des rapports scientifiques, que ces rapports ont été lus et discutés dans ces murs ! Gouverner, ce n’est pas répondre que tout est en cours. C’est transformer le “en cours” en “opérationnel” avant que la crise ne survienne.
Aujourd’hui, on peine à démontrer ce qui était réellement prêt avant le 14 août. Il n’y a pas de stratégie globale, finalisée, financée et opérationnelle face aux feux de forêt. Ce qui s’est passé dans les Hautes-Fagnes aurait pu se passer en Gaume ou dans le sud du Hainaut.
On « réfléchit » au mécanisme d’alerte. On « finalise » des outils. On « renvoie » une partie des responsabilités au Fédéral. Et pendant ce temps-là on essaie de démanteler le DNF.
Tous les ingrédients d’une catastrophe étaient réunis : sécheresse, chaleur, milieux inflammables, site exceptionnellement vulnérable, cartographie incomplète, absence d’alerte claire, moyens spécifiques insuffisants, DNF fragilisé.
Cette catastrophe est d’autant plus grave que les Hautes-Fagnes ne sont pas une forêt quelconque.
Les Hautes-Fagnes, c’est un territoire difficile d’accès, tourbeux, humide, sensible, transfrontalier, touristique, habité à proximité. C’est l’un des patrimoines naturels les plus précieux de Wallonie.
Les tourbières des Hautes-Fagnes ne sont pas seulement un paysage. Elles sont une infrastructure naturelle. Elles stockent l’eau. Elles stockent le carbone. Elles régulent les milieux. Elles protègent contre les sécheresses comme contre les excès d’eau. Elles se sont formées sur des milliers d’années.
Et lorsqu’elles brûlent, ce n’est pas simplement de la végétation qui disparaît : ce sont des fonctions écologiques essentielles qui sont détruites ou fragilisées pour des décennies. Parce qu’outre la perte directe de biodiversité, il y a toute la question de rétention des eaux qui est posée et risque d’exposer, encore plus, la vallée de la Vesdre aux conséquences des fortes pluies.
Cet incendie touche donc bien plus que 3.300 hectares de surface. Il frappe des écosystèmes qui avaient fait l’objet d’années de restauration, notamment dans le cadre du projet LIFE Hautes-Fagnes. Des milieux avaient été réhumidifiés, restaurés, reconquis. Des espèces rares avaient pu revenir. Je pense au hibou des marais, à la sarcelle d’hiver, à la bécassine des marais. Je pense aussi, évidemment, au symbole que représente le tétras lyre pour les Hautes-Fagnes.
Mais outre ces animaux, de nombreuses plantes rares sont également touchées.
C’est cela, la gravité écologique de ce qui s’est passé.
La mise sous contrôle de l’incendie ne signifie pas la fin de la crise écologique. Elle ouvre une phase de plusieurs dizaines d’années de restauration. On apprend qu’un dossier sera rentrer à l’Europe… tant mieux. On l’a dit, les Hautes-Fagnes c’étaient un écosystème rare et fragile, aujourd’hui c’est un éco-système dévasté qu’il va falloir reconstruire.
La Wallonie doit donc mettre sur la table un plan spécifique, pluriannuel et financé, fondé sur un diagnostic scientifique rapide : cartographie des zones brûlées, analyse des sols et des cendres, suivi de l’eau, de la végétation, des espèces et du carbone mais aussi anticiper d’autres incendies en tirant les enseignements de la crise de cet été( cartographie des zones, chemins d’accès et points d’eau accessibles pour les pompiers,..).
L’ULiège a déjà annoncé la mobilisation d’une task force scientifique pour évaluer les dégâts et guider la reconstruction ; cette dynamique doit être officiellement soutenue par la Région, en lien avec le DNF, le DEMNA, les universités, les gestionnaires Natura 2000 et les associations environnementales. La priorité doit être de restaurer l’hydrologie des tourbières, éviter l’érosion, protéger les sols, suivre le retour des espèces et mobiliser des moyens humains, techniques et budgétaires à la hauteur.
Le DNF doit rester le pivot public de cette restauration, mais il ne pourra pas le faire sans renforts, sans matériel de suivi et sans enveloppe dédiée. Restaurer les Hautes-Fagnes, ce n’est pas simplement réparer les dégâts : c’est protéger un patrimoine naturel wallon, belge et européen, et renforcer notre résilience face aux prochaines crises climatiques.
Les Hautes-Fagnes ne peuvent pas devenir un dossier de plus où l’on remercie les intervenants, où l’on annonce un retour d’expérience, puis où l’on revient progressivement à la normale.
La normale, c’est justement ce qui n’est plus possible.
Avant de terminer, maintenant que le feu est sous-contrôle, il faut éviter que le désastre écologique ne se transforme en drame économique. Dans la région des Hautes-Fagnes, deux secteurs économiques sont primordiaux : le secteur du tourisme et celui de la filière bois.
Or, ce sont, bien entendu, ces deux secteurs qui sont les premiers touchés par cette catastrophe. Il est indispensable de pouvoir évaluer l’impact réel à court, moyen et long termes des incendies pour ces deux secteurs et il va falloir, dans le respect des règles européennes sur les aides d’Etat voir comment le Gouvernement wallon pourra soutenir l’activité économique dans la région.
Werter Herr Ministerpräsident,
Wenn ich mir das Venn nun nach dem Brand ansehe, so macht es mich sowohl traurig als auch verärgert. Ich bin gespannt auf die Aufarbeitung des Brandes.
Merci beaucoup.
